Il y a une semaine, on a appris le décès de Marcel Marlier, le dessinateur belge de la série des Martine (chez Casterman). Et un petit pincement étreint mon cœur de midinette. Je l’avoue : j’ai fait partie de ces gamines idolâtres, qui s’extasiaient devant les aventures de la petite brunette bien brushée, de son chien Patapouf, de son frère Jean (si beau !) et de leurs camarades joufflus. Quitte à horrifier les féministes en reconnaissant que j’ai pris mon rôle de grande sœur au sérieux après avoir lu Martine petite maman, que je suis devenue la reine des dînettes entre fillettes grâce à Martine à la maison et que j’ai appris à faire du pain perdu dans les pages de Martine fait la cuisine. Comme quoi, ce n’est pas parce qu’on aime le rétro(grade ?), qu’on devient une femme soumise !
Car Martine a fait sa petite révolution à elle, à peine perceptible, mais qui n’a pas échappé aux petites filles admiratives. Au-delà du trait de crayon incroyable et des encres d’une grande douceur de Marcel Marlier, qui dépeignait certes une enfance rose bonbon remplie de fillettes obéissantes et de garçonnets bien sages, Martine reste avant tout l’héroïne la mieux sapée de ces dernières décennies. Je peux le dire aujourd’hui : à l’époque, j’aurais aimé que Marcel Marlier s’occupe de mon dressing.
La petite robe
Martine enchaînait les toilettes girly les plus pointues : cols Claudine, jupes corolle, volants, smocks, robes tabliers, manches ballons, robes trapèze…
Le pantalon
La petite Martine vivait avec son temps et, n’en déplaise à ses détracteurs, elle a porté le pantalon comme toute fillette bien dans son époque. Elle n’est d’ailleurs pas étrangère à mon obsession pour le jean pattes d’ef.
La marinière
Voilà une pièce intemporelle, qui revient régulièrement dans les collections et que Martine et ses amis arboraient régulièrement, au détour de chaque nouvel album. Esprit Petit Bateau oblige !
Les chaussures
À quoi reconnaît-on une vraie fashion victim ? Elle a une paire de chaussures pour chaque tenue. Et Martine ne faisait pas exception à la règle. Sabots, bottines, souliers vernis, sandalettes (juste avant la spartiate), tongs, espadrilles…
La coiffure
Martine est connue pour son brushing dégradé. Pourtant, elle a traversé toutes les tendances du cheveu, a eu des coiffures très étudiées et a même osé le court très court, façon Twiggy.
Les accessoires
Malgré son jeune âge, Martine était sans conteste la reine de l’accessoire : chapeaux, foulards, paniers et sacs étaient ses fashion fixettes à elle.
Certes, Martine faisait de la couture, écossait les petits pois et était une vraie petite fille modèle, mais n’oublions pas qu’elle est née en 1954 et accordons-lui que, depuis, grâce à son créateur de papa, elle s’est bien émancipée !




Toute mon enfance…
J’ai ressenti aussi ce petit pincement au coeur quand j’ai appris le décès du papa de Martine.
Martine reste éternelle malgré tout. Pour preuve, ma fille de 2 ans 1/2 l’a découverte et l’aime tout autant que moi!
Marcel Marlier était un des illustrateurs les plus doués des années cinquante, soixante, soixante-dix, quatre-vingt, quatrevingt-dix et deux mille. Cette simple énumération laisse des milliers de dessinateurs
verts de jalousie, ou muets d’admiration, ou les deux..
C’était le Aslan des dessinateurs pour mômes, il savait tout dessiner, et on voit qu’il a aimé son métier jusqu’au dernier coup de crayon..
Ses illustrations de livres de Pearl Buck sont simplement éblouissantes.
Tout était très sensuel dans son dessin: même quand il dessinait un hanneton on avait envie de se faire le hanneton.
Laissons les moqueurs à leur rire gêné et à leurs fantasmes mal vécus,
mais reconnaissons ( comme Marlier lui-même ) que certaines des couvertures piratées de Martine
sont succulentes.
Hommage sincère à ce grand monsieur.
Gérard Mathieu